Les mots, les voix qui se perchent, bourdonnent, engagent les corps dans la danse. Cocanha projette des voix timbrées portées par la pulsation des tambourins à cordes, des pieds et des mains. La langue occitane est leur terrain de jeu pour explorer des tempéraments et des sonorités singulières.
[Groovyrecords / La Munai Records / Polydor Records] 037.2 YAN
Le label indonésien La Munai a déniché un nouveau joyau oublié de pop vintage de son coin de pays pour le faire découvrir au monde, et le monde lui en sera reconnaissant. Paru en 1971 sous étiquette Polydor Singapour, il s’agit du dernier album éponyme de Yanti Bersaudara, le trio vocal sundanais des sœurs Yani, Tina et Parlina Hardjakusumah. La formation qui les accompagne vaut à elle seule le prix d’achat, avec son orgue riche et scintillant, ses jolies guitares avec juste ce qu’il faut de réverbération chatoyante et, ici et là, un vibraphone aérien. Mais les vedettes sont bien entendu les trois sœurs, dont les voix sont absolument charmantes, individuellement, et tout aussi délicieuses en trio.
Compilation - Virtual dreams : ambient explorations in the house & techno age 1993-1997 (2020)
[Music From Memory] 294 A. VIR
Patron du label Music From Memory, Jamie Tiller s'est adjoint ici les services d'un autre collectionneur de vinyles rares, Tako, pour concocter à quatre mains le tracklist de cette compilation. Comme le sous-titre le laisse entendre, la sélection se concentre sur de la house mais dans une perspective de chill-out, c'est à dire qu'on fleurte ici sans rougir avec l'ambient. Si quelques noms sont bien connus des amateurs (David Moufang aka Move D, Richard H. Kirk échappé de Cabaret Voltaire ou LFO les héros de la techno UK), on découvre avec grand plaisir des artistes plus obscurs mais qui trouvent idéalement leur place ici avec leurs productions deep et enveloppantes.
Produit par French Paradox et sous la direction musicale de Miguel Zenon, ce premier album du batteur-compositeur Raphaël Pannier traduit sa double culture française et américaine et propose des compositions personnelles, des standards et des interprétations originales de deux oeuvres classiques d'Olivier Messiaen et de Maurice Ravel.
L'album ''Afro Blue'' sorti exclusivement au Japon via les labels japonais Trio Records en 1974 a longtemps été recherché par les DJ et les collectionneurs. On reconnait cette voix puissamment rythmique qui l’impose aujourd'hui comme l’une des grandes interprètes de jazz. Des scats les plus périlleux aux ballades les plus sensuelles, elle est à l'aise dans tous les registres et répertoires.
Compilation - If I have to wreck L.A : Kent & modern records blues into the 60's vol. 2 (2020)
[Ace Records] 110 A. IFI
Le Blues ne s'est pas arrêté à la fin des années 50 - alors que la soul dominait les charts, le Blues est bien représenté par les artistes de cette compilation et avec des guitares au premier plan.
Ce fougueux quintet de Dublin réinitialise la tension post-punk. Tiraillés entre leurs origines et ce qui se faisait loin de là, du côté du Lower East Side à New York dans les 80’s (No Wave, Art Rock), ils accouchent d’une forme de Punk agrémenté de sobres dissonances. Il y a des chœurs, une section rythmique implacable et souvent saccadée, et des mélodies indie solaires et stridentes à la foi. Depuis 2018, le groupe a sorti une poignée de singles produits par Daniel Fox (de Girl Band), aussi catchy les uns que les autres, mettant la barre de plus en plus haut à chaque sortie. Voici leur premier album.
Compilation - Strum & thrum : The american jangle underground 1983-1987 (2020)
[Captured Tracks Records] 2 A. STR
S'étalant sur deux disques, ''Strum & Thrum'' comprend un livret de 80 pages comprenant la longue histoire orale de la scène indépendante des années 80, une introduction par Mike Sniper et une tonne d'images d'archives. "Trusted Woods" de The Reverbs, sorti en 1984, résume parfaitement la compilation : des guitares jangly qui scintillent, des voix baignées de reverb et une section rythmique saccadée. Inspirée par les compilations Pebbles, Killed By Death, Soul Jazz et Numero Group, Excavations est une série dédiée à compiler la musique oubliée entre les années 70 et 90 qui a un lien avec le son et l'esthétique de Captured Tracks.
Cet album très attendu rassemble 17 titres qui couvrent sur 5 décennies l'oeuvre de Brian Eno pour le cinéma et la télévision. La musique de Brian Eno a été utilisée dans des centaines de films, il a composé de nombreuses bandes originales pour des réalisateurs de renom tel que David Lynch, Danny Boyle, Peter Jackson, Michelangelo Antonioni, Derek Jarman ou Michael Mann.
Pour fêter les 50 ans de ''Musictrain'', Stunt publie une édition collector et limitée de l'album du grand chef d'orchestre et saxophoniste danois. Le son remasterisé met d'autant plus en avant la puissance, l'intensité et l'audace de ce projet enregistré en 1970. La musique de ''Musictrain'' prend racine dans le jazz des années 60, époque charnière. On y retrouve le son brut, claquant, désordonné inspiré par de nombreux courants incluant le rock, la world music, Coltrane, Ayler, Sanders, Mingus, etc.
Fred Pallem & Le Sacre du Tympan - Racontent les fables de la Fontaine (2020)
[Train Fantôme Records] 1 PAL
S'il y a bien un compositeur à qui l'on ne peut pas reprocher de raconter des fables, c'est bien Fred Pallem. En plus de vingt ans de travaux, jamais il ne se répète, depuis son premier album de compositions avec son Sacre du Tympan en 2002, jusqu'à sa dernière ''Odyssée'' en 2018. Son parcours est truffé d'hommages aux compositeurs qu'il vénère (François de Roubaix), au cinéma qui le passionne, voire aux dessins animés de son enfance. Mais ce que l'on sait moins, c'est que Fred Pallem est également un amoureux des mots. On aurait pu le deviner par ses multiples collaborations avec des chanteurs et chanteuses (Lavilliers, Barbara Carlotti, MC Solaar, Clarika... ) mais aujourd'hui les mots prennent le devant avec ce disque hommage aux fables de La Fontaine.
Un peu passé inaperçu de ce côté-ci de l’Atlantique, le premier album des canadiens Kiwi Jr. est une power-pop qui puise autant chez Flying Nun, que chez les Feelies, les early-Strokes voire même du côté de Pavement pour la décontraction affichée et les textes brillamment second degré du leader Jeremy Gaudet. Mélodie, énergie, arrangements plus subtils qu’il n’y paraît garantissant une certaine longévité, petite pointe d’urgence… Tout y est. Et ce sera tout le temps comme ça. Kiwi Jr. n’invente rien mais livre ici l’archétype du disque indé rêvé.
Cet album constitue, de sa pochette – poing levé du Black Power – à ses textes contre la brutalité policière et le racisme, la bande-son de rage et de peine d’un moment critique, sortie au pic du mouvement Black Lives Matter. Le trio qui n’est plus si mystérieux que cela – Dean Josiah Cover aka Inflo, Cleo Sol et Melissa Young aka Kid Sister – livre vingt titres plus militants que les précédents, en téléchargement libre avec reversement des bénéfices à des associations de charité. Répudiation de la suprématie blanche tout autant que célébration de la beauté de la culture noire, il mélange soul, gospel, RnB, spoken-word spirituel, marches de protestation et mêmeafro-funkCommentant l’Amérique, le trio britannique produit un son universel.
Ryuichi Sakamoto - Hidari ude no yume / Left Handed Dream (1981)
[Alfa Records / Wewantsounds] 2 SAK
C'est la première fois depuis sa parution que l'édition japonaise originale de l'album sort en dehors du Japon. Après le très electro ''Thousand Knives Of'' (1978) et le plus expérimental ''B-2 Unit'' (1980), le musicien décide d'enregistrer un album enraciné dans la pop. Il invite le producteur britannique Robin Scott à coproduire l'album. Ensemble, ils créent un mélange fascinant de pop, d'ambient et de musique électronique avec des éléments d'avant-garde et musique traditionnelle japonaise, le tout fermement servi par un solide groove.
Un des secrets les mieux gardés de l’histoire du rhythm & blues vient d’être éventé par la faute du label britannique Rhythm and Blues. On ne pourra plus se gargariser entre initiés du jeu innovant, parfois cinglant, du guitariste ou de la voix haute au falsetto ravageur du chanteur à l’impeccable brushing. Le commun des mortels peut maintenant accéder à la quasi-intégralité de sa discographie, ses 45-tours en nom propre comme ses contributions, souvent cruciales, à des titres de Bo Diddley, Paul Williams, Nat Hall ou Billy Clark. Occasion aussi de survoler les courants musicaux, R&B, doo-wop, soul, funk, avec toujours le blues en ligne de mire.
Cet album est le fruit d'un travail en résidence à Montauban en 2009 d'un trio comprenant le multi-instrumentiste Edmony Krater (déjà connu pour ses disques sur Heavenly Sweetness notamment), la harpiste classique Anne Bacqueyrisse et le percussioniste Olivier Maurières. Ensemble ils ont créé ''Mémoire'' qui est resté dans les cartons pendant plus de 10 ans, chose incroyable au vu de la qualité de cette session atypique. La fusion entre la poésie, la harpe et les douces percussions vous emportera en un clin d'oeil sur un rivage lointain des Caraïbes.
Compilation - Cafe exil : New adventures in european music 1972-1980 (2020)
[Ace Records] 2 A. CAF
''Cafe Exil'', du nom de l'un des lieux préférés de Bowie à Berlin, imagine la bande originale qui aurait inspiré ''Low'', ''Heroes'' et ''Lodger''. C'est un mélange impressionnant d'électronica, de Krautrock et de friandises expérimentales. Il y a des morceaux clés des membres de Can et Tangerine Dream, des "obscurités fascinantes" du groupe allemand Streetmark et du compositeur italien Piero Umiliani, de la bande originale d'Herzog avec Popul Vuh et de l'avant-étrangeté hautement collectionnable d'Annette Peacock. ''Cafe Exil'' a été réalisé par Bob Stanley et Jason Wood de Saint-Etienne.
Après une collaboration remarquée en 2016 avec Vincent Segal, le pianiste japonais est de retour pour son tout premier album solo. Avec son dépouillement assumé, et sa défiance de toute virtuosité tapageuse, ''Pre-choreographed'' a l'élégance d'en dire long avec la plus juste économie de moyens. Et si sa musique ici rêve d'être rejointe par la danse, elle ne se présente jamais comme une simple ébauche. Il propose une riche palette pianistique composée de formes, d'harmonies et de rythmes, enrichie d'effets et textures électroniques. Tour à tour mélancoliques ou enfiévrées, évasives ou vives comme l'éclair, les pièces sont une manière de transcrire en notes et en sons la trame du vécu sensible de Koki Nakano, véritables microcosmes de l'âme.
Compilation - Right back where we started from : female pop and soul in seventies britain (2020)
[RPM Records] 180 A. RIG
En 1975, Maxine Nightingale est devenue une sensation du jour au lendemain au Royaume-Uni lorsque son dernier single, "Right Back Where We Started From", a fait irruption dans le Top 10. Par la suite, l'attrait accrocheur du morceau s'est répandu comme une traînée de poudre à travers le monde... Cette compilation refléte un style de pop/soul britannique, inspiré par la scène Northern Soul dans le nord de l'Angleterre et l'intérêt des jeunes anglais pour le répertoir de la Motown des années 60. Cette collection de 3 CD, qui sort sur le légendaire label de réédition RPM, prend ce tube classique comme catalyseur pour documenter une décennie de pop et de soul britanniques de chanteuses.
Billy Nomates est une véritable force de la nature. Féroce, drôle et franche elle est originaire de Melton Mowbray dans le nord-est du Leicestershire rural, mais vole maintenant entre Bournemouth et Bristol. Les chansons de son premier album, publié par Invada Records, le label fondé par Geoff Barrow, proviennent toutes d'un même défi : une rébellion contre le Brexit et votre oncle raciste. Contre les emplois précaires, l’inégalité des sexes et le harcèlement. Cette insatisfaction et cette fureur prennent forme dans des chansons qui sont des instantanées sincères.